Mémoire en Fil

Costumes d’hier, identités d’aujourd’hui

Mémoire en Fil propose une traversée immersive où le textile devient un langage, une archive vivante et un espace de transformation.

À travers installations textiles, fragments historiques, œuvres contemporaines, archives émergentes, documentations photographique et filmique ainsi que les présences silencieuses, l’exposition met en lumière un processus créatif où mémoire, transmission et reconstruction prennent forme dans la matière.

Le parcours explore la manière dont le geste créatif peut devenir un outil de recherche, d’expression et de réappropriation sensible des récits personnels et collectifs.

Entre voix émergentes et présences silencieuses, entre mémoires transmises, fragmentées, déplacées, empêchées ou réinventées, l’exposition tisse une mise en dialogue sensible entre récits, dialogue interculturel, mémoire textile luxembourgeoise et créations contemporaines.

Des silhouettes habitent l’espace.
Certaines émergent.
D’autres demeurent suspendues dans le silence.

Chaque élément présenté — textile, image, trace, objet ou silhouette — participe à une même traversée : celle d’une mémoire qui se transforme, s’inscrit et continue d’exister à travers le geste.

ÉMERGENCE

2026
Tatiana Bifouri


Impression pigmentaire sur Dibond
aluminium composite
80 x 120 cm
Composition visuelle réalisée à partir de fragments
de collages issus des recherches des participantes
au programme Mémoire en Fil – Costumes d’hier,
identités d’aujourd’hui.

La documentation photographique

Les Silencieuses

Entre silence et émergence
Des silhouettes silencieuses traversent l’espace comme des présences suspendues entre effacement et apparition.

Elles portent la mémoire des femmes qui doivent s’excuser pour leur existence.

Des femmes à qui l’on refuse la parole, la visibilité, l’existence pleine ou le droit d’avoir une tribune.
Autour des présences émergentes, elles rappellent les voix retenues, étouffées ou maintenues dans l’ombre par les structures sociales, culturelles et politiques qui empêchent certaines femmes d’exister librement.
À travers elles, le silence devient une présence politique.

Une mémoire persistante des voix empêchées.

Le Patrimoine textile luxembourgeois

Le Musée de la Draperie " Duch Vum Sei"

Fragments textiles historiques — Archives
Musée de la Draperie

Issus de la dernière production textile
récupérée sur les métiers à tisser avant la
fermeture de la manufacture en 1975.

Suite à des inondations ayant aecté le site entre la
fermeture et la réouverture du musée,
une partie des documents et des échantillons de tissus
a disparu.
Le musée poursuit aujourd’hui un travail de
reconstitution de cette mémoire.

CORPUS MNEMOZIN – CORPS MÉMOIRE

Après sa présentation au Cube 521 dans le cadre de l'exposition immersive Quelle est la place de la femme dans la société ? (mars 2026), Corpus Mnemozin poursuit son chemin.


Cette œuvre évolutive, gardienne des mémoires des femmes, est désormais accueillie à Neimënster où elle continue de recueillir les traces, les récits et les noms confiés par le public.


Chaque contribution vient enrichir cette archive collective en mouvement.

Voix émergente

SILENCE

Espagne
Fabiola Puga
« Historiquement, la peineta — ce peigne ornemental
porté dans les cheveux — symbolisait l’élégance,
mais aussi une forme de rigidité et de contrôle
imposé à la femme. Elle dictait une posture, une
image et une place dans la société. »

Issue d’origines espagnoles, je m’appuie sur cet
héritage pour explorer ce que signie tenir.
On m’a appris à ne pas plier. À ne pas montrer. À
rester droite, même quand tout vacille.
Le noir devient une armure. Il incarne cette rigidité,
cette posture imposée derrière laquelle la femme se
protège et se cache. Les formes structurées enferment
le corps dans un cadre rassurant en apparence,
mais étouant. Derrière, il y a des silences, des
cicatrices invisibles.
Puis quelque chose cède.
Le beige apparaît. Plus libre, il introduit le mouvement.
Le jupon se révèle — celui que l’on devait
cacher. Il dévoile l’intime, la fragilité, et la vérité.
La toile de coton écru ancre cette histoire dans une
identité personnelle et culturelle.
Ce n’est pas seulement une création.
C’est un silence qui se brise.

Voix émergente

ALLIANCE

Italie/Luxembourg
Giovanna Scardino
Réalisée sur une toile de coton écru , support
commun de création, cette robe de mariée tisse un
lien intime entre l’Italie et le Luxembourg.
Elle porte en elle des mémoires parentales, et une
mémoire du territoire, où la terre, la trace et l’histoire
s’inscrivent dans la matière.
La partie haute, structurée et tissée, évoque l’acier et
la sidérurgie luxembourgeoise, gardant l’empreinte
du travail, des gestes et des trajectoires migratoires.
La vrai terre rouge y affleure, comme une mémoire
vivante enfouie dans le tissus.
Le marbre, en contraste, se déploie dans la partie
basse. Héritage de l’Italie, il porte une mémoire
paternelle et apporte douceur, lumière et sensibilité.
Des touches d’or viennent éclairer l’ensemble, en
écho à la Gëlle Fra, symbole de courage, de force et
de sacrifice, mais aussi une présence maternelle,
protectrice et lumineuse.
A l’arrière, 7 roses reposent sur de longues bandes
formant une traîne, comme présence délicates.
Elles évoquent la famille, les liens invisibles et les
histoires partagées du passées qui accompagnent le
chemin du présent et de l’avenir.
Cette robe devient une trace sensible, une mémoire
portée, une alliance entre matières, territoires et
êtres.

Voix émergente

LA TRAVERSÉE

Tunisie
ImenCharfi
Cette oeuvre s’inscrit dans une démarche où le
costume devient un espace de narration en transformation
constante. Les identités y circulent, se
croisent et évoluent. Mémoire en l tisse des liens
entre la Tunisie, mon pays d’origine, et le Luxembourg,
mon pays d’accueil, entre ce que je porte en
moi et ce que je découvre au l de ma traversée.
Le costume devient langage : une toile vivante où les
matières — laine, tulle, moustiquaire, coton —
portent des fragments de mon histoire. Les formes y
prennent sens : Tanit, déesse carthaginoise, incarne
la silhouette de l’oeuvre ; la persienne, dessinant un
losange, devient une ouverture vers un nouveau
monde tout en préservant mes origines ; les vagues
évoquent la Méditerranée, lien entre l’Afrique et
l’Europe.
Les couleurs du drapeau luxembourgeois — rouge,
blanc, bleu — résonnent avec mes souvenirs de la
Tunisie, présents dans l’architecture, les costumes
traditionnels, le jasmin et la mer. Elles s’inscrivent
dans la matière, teintées, peintes, brodées.
Tanit structure l’ensemble. Ses bras ouverts
suggèrent l’accueil, tandis que les vagues en tulle
racontent la traversée. L’oeuvre devient un territoire
sensible, entre deux géographies et deux appartenances.
Ce costume s’arme comme un seuil, où ma
mémoire se tisse en l de traversée.
  • LES PARTICIPANTES

    Des trajectoires humaines traversées par le geste créatif
    Mémoire en Fil s’est construit à travers une pluralité de parcours, de présences, de passages et d’expériences humaines.
    Certaines femmes ont traversé le dispositif sur toute sa durée.
    D’autres n’y sont restées qu’un temps.
    Mais chacune, à sa manière, a laissé une trace dans cette mémoire collective en construction.
    À travers le geste créatif, la recherche textile, les échanges, les expérimentations et les temps de réflexion, chaque participante a été invitée à interroger son histoire, sa sensibilité, sa relation à la mémoire, à l’identité et à la transmission.
    Même lorsqu’un parcours n’a pas été mené jusqu’à son terme, le passage dans le projet a constitué une expérience, une rencontre et une inscription dans le processus vivant de Mémoire en Fil.
    Chaque présence a contribué à nourrir le dispositif, à le transformer et à faire émerger de nouvelles traces sensibles, visibles ou invisibles.
    Mémoire en Fil porte ainsi la mémoire de toutes les femmes ayant traversé le projet, qu’elles aient laissé une œuvre, un fragment, une parole, un geste ou simplement une empreinte dans l’espace collectif de création.

  • LE PROCESSUS CRÉATIF

    Le geste créatif comme langage de transmission et de réappropriation
    À travers l’expérimentation, la manipulation des matières, la recherche textile et l’échange collectif, le processus créatif se déploie comme un espace d’expression, de transmission et de transformation.
    Dans Mémoire en Fil, le geste est envisagé non seulement comme une action technique, mais comme un langage sensible capable de porter la mémoire, les récits personnels, les héritages culturels et les expériences vécues.
    Le textile devient un médium à travers lequel fragments d’identité, souvenirs et émotions peuvent émerger, se transformer et prendre forme dans la matière.
    Les ateliers ont invité les participantes à explorer textures, symboles, archives, couleurs, gestes et compositions afin de développer des langages visuels personnels ancrés à la fois dans la mémoire individuelle et collective.
    Chaque expérimentation, manipulation, assemblage et transformation participe ainsi à un processus plus large dans lequel la création devient elle-même un acte de transmission et de réappropriation sensible.

  • L'APPROCHE

    La Méthode CreBIF® — L’Art de renaître par le geste
    est mise en pratique dans Mémoire en Fil comme outil de recherche, de création et de transformation à travers le geste créatif.
    Développé comme un projet pilote, le programme explore la manière dont l’expérimentation artistique, les matières et les récits peuvent devenir des espaces d’expression, de mémoire, de transmission et de réappropriation identitaire.

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Remerciements

— Ministère de la Culture pour son soutien à l’exposition
— MIFA – Division du vivre-ensemble interculturel pour son soutien au programme d’ateliers
— Neimënster pour avoir accueilli l’exposition
— Manukultura Useldange pour la mise à disposition des espaces d’ateliers
— Musée de la Draperie – Duch vum Séi pour sa collaboration autour du patrimoine textile luxembourgeois
— Radio ARA pour son soutien médiatique au projet
— CID Fraen an Gender pour son soutien à la diffusion de l’information

Un merci tout particulier aux participants, aux équipes artistiques et audiovisuelles, aux bénévoles et à tous ceux qui ont contribué à donner vie à cette expérience collective.

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Crédits photographiques : © Andrée Staar, 2026